Très bien, ce petit bulletin. Il donne envie d’être inscrit à BM de Vouvray, où il se passe des tas de choses, et où l’on sait en parler, avec conviction et sans prétention. Infos culturelles, étymologie (celle du mot « chapelle », qui dut à l’origine renfermer la moitié de la « cape » - capella = petite cape - de Saint Martin … de Tours, banlieue de Vouvray à moins que ce ne soit le contraire… cape qui fut comme tous les Amiénois le savent, partagée par son possesseur rue Lesueur à Amiens : un bas-relief en témoigne le long du Palais de Justice. D’où je déduis que la moitié conservée à Tours était celle de Saint Martin soi-même, récupérée pieusement post mortem, car pour ce qui est de l’autre, on peut espérer que le pauvre l’avait gardée. Ça me troublait beaucoup cette histoire de demi-manteau, dans mon enfance : que faire d’un manteau avec un seul bras et qu’on ne peut fermer ? Jusqu’à ce que je découvre que St Martin étant romain, son manteau devait être une toge, ce qui rendait les choses beaucoup plus rationnelles).
Mais je m’égare. Feuilletant donc dans les brumes de mes maux hivernaux ledit bulletin reçu le matin même, je suis tombée avec stupeur au détour de la page 5 sur un hommage à Convolvulus qui me touche et dont je remercie l'auteur. S’y joignent quelques variations sur ce « proverbe » et des remarques sur la date réelle de publication du recueil À Dos d’oiseau, i.e 1942. Ce qui m’amène, pour ma part, à me poser quelques questions, auxquelles je n’ai pour l’heure pas de réponses précises à donner, faute de connaissances suffisantes.

1. Fombeure était normalien. Sa poésie apparemment simplette est donc délibérée. Sous ses airs de fatrasie médiévale, le texte cache donc peut-être autre chose qu’une comptine.

2. 1942, c’est l’Occupation. Or en 1942, Fombeure a publié plusieurs recueils, dont un chez Seghers, éditeur de la poésie clandestine de l’époque.

3. Il était membre de l’École de Rochefort, dont Encarta précise que, née du bouleversement de la France occupée, elle visait à « dire la vie, cette chose incroyable et menacée ». Sous la houlette du poète Jean Bouhier et du peintre Pierre Penon et face à la dispersion de l’activité poétique, se constitua le mouvement nommé « l’École de Rochefort », entreprise poétique favorisée par la proximité géographique de jeunes poètes qui habitaient la région de l’ouest de la France (René-Guy Cadou, Michel Manoll, Marcel Béalu, Jean Rousselot) ou Paris (Maurice Fombeure, Luc Bérimont). Ils étaient "conseillés" par Max Jacob et Pierre Reverdy, retirés eux aussi dans la région. Les membres du groupe prenaient position contre Vichy, qui souhaitait le retour au classicisme, et rejetaient la notion de « poésie nationale et traditionnelle ». En réaction contre l’autoritarisme qui avait caractérisé le mouvement surréaliste — envers lequel ils reconnaissaient néanmoins avoir une dette —, ils revendiquaient une liberté individuelle et un enthousiasme fraternel. Ils prônaient un nouvel humanisme en poésie ».

4. De là à voir dans le poème un évocation cryptée des tristes jours que connaissait la France, il n’y a qu’un pas, que je suis tentée de franchir : il y a des vautours, des mille-pattes, des « îles de la Seine / (qui) S’éloignent dans la brume »... et une chanson, mais ce ne peut pas être le Chant des partisans, créé l’année suivante par Anna Marly et les Kessel-Druon.

Reste à vérifier l’hypothèse. Je n’ai pas le recueil – il me faudrait aller l’emprunter à la BM de Vouvray – et je ne sais pas grand-chose d’autre sur Fombeure que ce que je viens d’en glaner çà et là. C’est là l’un des plaisirs nés de ces rencontres via la toile : une fenêtre s’ouvre, on découvre un paysage, d’abord imprécis, puis attirant, qui pousse à l’exploration de chemins que l’on eût ignorés. Vagabondages à sauts et à gambades, selon mon cœur. Qui fourniront peut-être l’unique note de ce mois de décembre agité et infécond, et si enrhumé de surcroît en ses derniers jours que toute saveur des choses s’en perd. Merci donc en retour à Bernard Cassaigne, et à Maurice Fombeure, (1906 – 1981, tout de même).

Ce chien charnel m’évoque un autre poème, d’un autre poète proche - ai-je découvert dans ma récente errance – de la même École de Rochefort, Guillevic. Dont je n’ai retrouvé qu’un fragment, que voici, pour conclure en poésie :

à Jacques Audiberti

(..) - et le chien fauve et souple
Qui avalait si bien le lait
Quand il nous vint;
Qui l'acceptait de nous, qui paraissait
Jouer franc jeu avec nos mains.

Et qui se révéla bête des grands chemins
Et du hasard, bête à batailles,
Bête à mettre en lambeaux
Celui qui siffle gai et qui demande qu'on l'accompagne.

Le chien qui nous narguait,
Qui se savait plus fort,
En vertu d'une loi
Dont bleuissaient ses yeux.

Qui aimait la volaille chaude
Et tout détruire.
La bête au souffle chaud, bête à dents et à muqueuses,
Le compagnon peut-être dans les champs
Des guêpes terrifiantes qu'il allait joindre
Ou commander.

Gardien d'on ne sait quoi
De nocturne et du sang
Contre l'humain.

Guillevic – TerraquéGallimard 1942
CQFD.