C’est très bien, Cache-cache. Très palpitant, enjoué, ironique, avec une intrigue indéniablement plus substantielle – et infiniment plus mélodramatique – que celles des deux romans de Trollope que j’ai lus. Trollope de neuf ans plus âgé que Collins, (c’est drôle, j’aurais dit le contraire) et donc son exact contemporain. Et malgré la plus grande simplicité de ses intrigues, j’ai préféré Trollope, à cause de la justesse de son trait. Les personnages de Collins sont hauts en couleur : l’un d’entre eux est d’ailleurs une très amusante figure de mauvais peintre si obstiné dans son amour de l’art qu’il finit par réussir à en vivre, et à en vivre bien ! Très brave garçon devenu homme, et l’un des personnages principaux de l’histoire, avec son épouse très aimée et éternellement alitée, et sa mystérieuse fille adoptive, la belle  et muette Madonna. Il y a aussi une truculente et plantureuse épouse de clown, Mrs Peckover (la picoreuse ? c’est indéniablement une mère poule), un jeune écervelé plein de joie de vivre et d’énergie, en rupture de ban et en révolte contre un père abominablement despotique (encore un évangéliste !), le brouillon et bouillant Zack, et l’énigmatique et athlétique Matt, autrefois scalpé par les Indiens, est-il bon, est-il méchant ? J’allais oublier l’horrible Joanna Grice, vieille sorcière suffoquée de pruderie malfaisante. Personnages colorés donc, intrigue tortueuse et sombre, secrets de famille… Je ne vais pas bouder mon plaisir. Mais enfin, dans le genre noir, je préfère Dickens (ou Eugène Sue), et dans le genre anglais, Trollope. Avec tout ça, ces Anglais et ces Anglaises du XIXe sont vraiment une inépuisable mine romanesque, et si différents de Balzac, dont mes lecteurs connaissent ma consommation, et de Flaubert, dont je suis en train de relire, avec bonheur, Madame Bovary. Puis-je dire qu’en quelque manière leurs romans sont plus… cordiaux, et plus charnus ?