Ces deux personnages sont particulièrement bien campés, et émouvants, malgré l’horreur qui les habite et les pousse parfois à des flambées de violence destructrice. Comme le sont les autres, « bons » et « méchants », et tous ceux que l’on ne peut assigner à aucun des deux camps, et dont grouille le roman. L’intrigue est menée de façon haletante, très bien ficelée, très documentée, à laquelle il est quasi impossible de s’arracher lorsqu’on y est entré(e). Si j’ai éprouvé, çà et là, quelque distance à l’égard de tel effet de style un peu affecté ou de telle maladresse (attribuée d’abord à la traduction, mais Caryl Férey, renseignements pris, est un auteur français !), si j’ai parfois eu du mal avec les scènes de trop grande violence, si j’ai préféré lire, sur un thème proche, une trilogie que je n’ai jamais chroniquée ici faute de temps et faute de savoir où elle se trouve – chez mon fils, je dirais, d’ailleurs – La Guerre des fesses de Don Emmanuel, suivi de Señor Vivo et le baron de la coca, puis de La Calamiteuse progéniture du Cardinal Guzman, de Louis de Bernières, où le déchaînement de la violence est en quelque sorte parfois équilibré par celui d’une fantaisie onirique absolument débridée, dont je me sens plus proche que d’une forme de réalisme noir très cru, il n’en reste pas moins que Mapuche (« Mapoutché », c’est le peuple indien floué, chassé, tiré à vue dans la pampa, dont Jana est originaire) est un roman noir prenant, irrigué par un souffle, une sincérité, une conviction impérieux.