C'est le premier grand rôle d'Audrey Hepburn au cinéma ("Introducing Audrey Hepburn", annonce le générique). Elle y est merveilleuse, d'élégance physique, de grâce, d'ingénuité, de drôlerie. Son sourire et son rire sont à fondre. C'est un film délicieux, tout vibrant de joie de vivre et de talent : celui des acteurs, tous (la logeuse furax agonissant en italien la jeune dévergondée qu'elle vient de trouver dans la salle de bain de son locataire, et la menaçant des gifles que sa mère ne lui a pas données !), celui du réalisateur, celui des scénaristes, John Dighton et Dalton Trumbo, lequel, inscrit sur la liste noire d'Hollywood, y fut longtemps présent sous la seule forme, clandestine, d'un poème non-crédité : "If I were dead and buried and I heard your voice /Beneath the sod, my heart of dust would still rejoice", déclamé à l'orée de sa rencontre avec Bradley par la princesse ("Si j'étais morte et enterrée, d'entendre ta voix,  / mon coeur de poussière sous le gazon se réjouirait encore".) Poème qui anticipe un flageolant débat, un peu plus tard, sur la paternité de trois vers assez chichiteux et tout cliquetants d'allitérations : "Arethusa arose / from her couch of snows / In the Acroceraunian mountains" Shelley, finalement, comme l'affirmait Bradley, et non Keats, selon la princesse...
"– You just keep your mind off the poetry, and on the pajamas. Everything will be all right.
 – Keats.
 – Shelley. I'll be back in ten minutes
."

Où l'on voit que les dialogues, aussi, sont particulièrement divertissants. Film à ranger, d'urgence, dans la catégorie des ouvrages reconstituants, de ceux qui, l'espace d'un instant, vous rendent le sens de la beauté, et de la grâce.