Idéologiquement, c’est macho avec ingénuité, littérairement, c’est daté et pas très inventif - on y croise un magnat juif épris de Monique, avec toutes les caractéristiques anti-sémites de l’époque, doté d’un patronyme italien, « baron du Pape » ( ?), veuf d’une Sicilienne, qui parle comme Nucingen ! – et la « pornographie », qui fut tellement reprochée à Margueritte qu’il y perdit sa légion d’honneur, est très relative et somme toute presque de bon ton.

Le roman est de 1922. Il est, sur un sujet analogue, infiniment moins intéressant que La Vagabonde, de Colette, douze ans plus tôt. En vérité, le romancier, omniscient, est si manifestement le maître de sa créature féminine, que rien d’une parole ou d’une quête « féministes » ne peut s’y exprimer autrement que sur le mode de la démonstration. Monique est pour Margueritte une marionnette à travers laquelle il examine le problème de l’émancipation des femmes issue en particulier de la guerre de 14. Il en fait une histoire laïque de chute et de rédemption dont le lyrisme final frise, vraiment, le ridicule.

Seul plaisir authentique de cette édition – Flammarion 1979 – les textes virulents, pré-postface de l’auteur au 150ème mille, lettre ouverte de Monsieur Anatole France à la Légion d’honneur, lettre de Victor Margueritte aux membres du Conseil de l’Ordre de la Légion d’honneur, à la suite du scandale engendré par la publication du roman. Trois morceaux de verve polémique, où l’auteur gagne d’être comparé, indûment mais ça pose son homme, avec Flaubert et Baudelaire, et où s’exprime un art fort réjouissant, et très français, de la pointe et du persiflage.Frontispice de Paul Émile Bécat pour l'édition Germaine Raoult de 1957.