Ce n’est pas gai, l’histoire des hommes et des femmes en cette chambre close, à quoi se réduit quasi le pays extérieur. Brutalité, haine, ignorance, ruse, dissimulation. Éloignement des corps. Les héros sont des brutes : insensibles, violeurs, absents, puérils. Les femmes se taisent, mentent, trichent, subissent. Et si la parole, devenue insoutenable, réveille, est-ce bien un horizon qu’elle a ouvert ? Le roman se conclut sur une porte close, derrière laquelle « on » frappe.

Beau livre donc, à l’écriture aiguë, très économe, hyper cinématographique : quasi un scénario, à peine un peu plus charnu. Avec des raccords son – la « bande son » est très importante, c’est à travers elle que l’on sent la présence dévastatrice de la guerre, bombes, tirs de rockets, kalachnikovs -, des montages parallèles (l’homme et la femme / le cadavre de la mouche et les fourmis ou l’araignée….), et, limite où je renâcle, une écriture obsessionnellement au présent - Rahimi admire Duras. Il y a dans ce dépouillement quelque chose de poétique, un rythme court, qui donne au texte sa cadence, son incantation. Sans doute aussi, à la longue, sa limite. Mais c’est un bref roman, saisissant, jusqu’au bout.