Tristan Klingsor. Quel beau nom, mélancolique, exotique et sonore, rencontré – quand ? - dès l'enfance. Retrouvé au détour d'une conversation amicale, puis d'un recueil, Humoresques, feuilleté sur Gallica.
Léautaud l'a ainsi évoqué, amicalement, dans son Journal, en 46 : « Rencontré Klingsor (que je n'avais pas vu depuis le début de la guerre) au carrefour Buci, à cinq heures, c'est à dire à l'heure des queues devant les étalages des commerçants. Combien de gens aujourd'hui savent le délicieux, charmant, pittoresque poète, qu'est Tristan Klingsor, parfait musicien des mots et des rythmes, plein d'une fantaisie aussi vive et colorée comme une suite de petits ballets, et nullement dénuée d'émotion pour cela, et de plus écrivain probe, sans étalage ni vanité. »
Merci à Laurent, qui est ma source. Que dire de plus ? Son nom est plein des brumes wagnériennes (Klingsor est le magicien de Parsifal), mais sa poésie est française, délicieusement, délicatement française : légère, chantante, dansante, cocasse, raffinée, populaire, gaillarde, paillarde, mélancolique. J'ai eu la surprise, au fil de ces humoresques, de croiser d'explicites hommages à Verlaine, qu'on en juge :
LES AUDACIEUX
Froissons les jupes!
Que le jet d'eau mélancolique jette
Au clair de lune ses volutes
Tant qu'il voudra;
Poussons la fenêtre
Et prenons la belle en nos bras:
C'est l'heure, messieurs,
C'est l'heure ou jamais d'être
Audacieux.
Plus n'est besoin des cordes aux lucarnes
Ni des airs langoureux de flûtes
Dans la bise des carrefours:
Voleurs d'amour
N'ont point peur du gendarme!
Voici les jolies roses dans le linge blanc;
Il ne faut plus de flûtes,
Ni de guitares, ni d'aveux tremblants,
Car où sont les galants cérémonieux
Que vous fûtes,
Messieurs ?...
Froissons les jupes !
Où j'entends un double écho. Celui des Ingénus, des Fêtes galantes, et celui d'En bateau, le plus plaisamment libertin, jusque dans sa métrique, des poèmes du recueil. Sans parler du clair de lune et du jet d'eau, sanglotant d'extase à l'orée du recueil.
Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! — et nous aimions ce jeu de dupes.
Parfois aussi le dard d’un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles, sous les branches,
Et c’étaient des éclairs soudains de nuques blanches
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.
Le soir tombait, un soir équivoque d’automne :
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre âme depuis ce temps tremble et s’étonne.
Fêtes Galantes, 7
EN BATEAU
L’étoile du berger tremblote
Dans l’eau plus noire et le pilote
Cherche un briquet dans sa culotte.
C’est l’instant, Messieurs, ou jamais,
D’être audacieux, et je mets
Mes deux mains partout désormais !
Le chevalier Atys qui gratte
Sa guitare, à Chloris l’ingrate
Lance une œillade scélérate.
L’abbé confesse bas Églé,
Et ce vicomte déréglé
Des champs donne à son cœur la clé.
Cependant la lune se lève
Et l'esquif en sa course brève
File gaîment sur l’eau qui rêve.
Fêtes Galantes, 13.
.
Je reviendrai à Klingsor, né Léon Leclère à La Chapelle-aux-Pots, pas bien loin d'ici, et qui fut aussi musicien, peintre, critique d'art. La liste de ses œuvres est, telle un inventaire à la Prévert, un poème à elle seule. Et puisque les débuts d'année sont propices aux listes....
Filles-Fleurs, Mercure de France, 1895
Squelettes fleuris, Mercure de France, 1897
L’Escarpolette, Mercure de France, 1899
Le Livre d'Esquisses, Mercure de France, 1902
Schéhérazade, Mercure de France, 1903
Le Valet de Cœur, Mercure de France, 1908
Poèmes de Bohème, Mercure de France, 1913
Chroniques du Chaperon et de la Braguette, 1913
Humoresques, 1921
L'Escarbille d'or, Chiberre, Paris, 1922
Poèmes du Brugnon, 1928
Khalif ou pauvre
Mesures pour rien, in Poésie 42, Pierre Seghers, 1942
Cinquante Sonnets du Dormeur éveillé, 1949
Le Tambour voilé, Mercure de France, 1960
Florilège poétique, poèmes choisis par Georges Bouquet et Pierre Menanteau, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1955
Poèmes de la princesse Chou, 1974
La Jalousie du Vizir, Mercure de France, 1899
Essai sur le chapeau, Les Cahiers de Paris, 1926
Petits métiers des rues de Paris, prose, 1904
La Duègne apprivoisée, comédie, 1907
Album, 1955
Second florilège, Avec portrait et fleurons dessinés par le poète, 1964
Maisons Aloysius, 1964
Recueils de mélodies
Chansons de ma Mère l'Oie
Chansons de bonne humeur
Chansons villageoises
Chansons à quatre voix
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