Andrée a toujours écrit. J’ai sur mes étagères, dactylographiés, des romans et des nouvelles d’elle, que j’ai dévorés il y a bien des années. Je croyais qu’elle avait cessé, jusqu’à ce que j’apprenne, au détour d’un coup de fil, qu’un livre allait paraître. Elle en doit la publication à l’amitié d’une de mes camarades de classe - étrange cristallisation de fidèles, en ces années 70-71, puis 73-74. Jacqueline a lu, relu, trouvé l’éditeur, accompagné le texte et son autrice jusqu’à la publication, et du fond de la lointaine Picardie, je lui en suis infiniment reconnaissante.

Sur la photo de couverture, la terrasse ultime, celle d’aujourd’hui, répond à la terrasse fondatrice qui dès l’enfance a ouvert les yeux d’Anne, le personnage central, qui doit beaucoup à son autrice. Si j’ai cité Michel Strogoff en guise de titre à cette note, c’est parce que m’est revenue, à lire ces fragments éblouis de vie et de beauté, l’injonction du cosaque au moment où le héros va être privé de la vue par le sabre chauffé à blanc.

Il y a donc le regard de l’enfant, écarquillé sur la joie, la complicité, le mystère des plus grands, sœurs, parents, et puis les amis russes. Yeux et oreilles affamés de saisir les voix, les chants, les langues, les braises familières des cigarettes dans la nuit. Une initiation à la beauté, entre fragments et panoramas, qui sera la clé, et la quête, de toute une vie. Et qui trouvera son sens, enfin, dans la rencontre et le partage avec Hugo, l’homme élu, l’alter ego. Car de merveille du monde en merveille de ce monde qui porte en son cœur la Grèce, son ciel, ses arbres, l’hospitalité chaleureuse et légère de ses habitants, ses nuits et ses jours, et la présence du mythe jusque dans le nom et les contes de l’aubergiste, La Terrasse est le récit d’un compagnonnage, et d’un partage, de Corfou à Assouan, du Cap Saint Vincent à Boukhara. De l’Egypte du fond des âges révélée en son désert, d’Ulysse et Nausicaa rejoints dans la crique corfiote qui a vu leur rencontre, à l’URSS de la glasnost et de la perestroïka ou au Portugal de la Révolution des Œillets. Un carpe diem, carpe orbem, qui, dans sa fugacité retenue, est l’assise fragile et définitive d’une entente avec l’aimé, à la fois familier et radicalement autre. Récit, méditation sur l’être au monde et à l’amour, sur les corps et les  cœurs, « temps retrouvé ». Paroles devenues pages - désormais offertes aux lecteurs.

Chez L'Harmattan, collection "Rue des écoles".