Le récit de ses dix ? années de séjour en Chine, à la rencontre, malgré les tracasseries incessantes et l’ostracisme obligé dont elle était l’objet, d’une langue et d’une culture passionnément désirées. Les rencontres, non seulement avec les maîtres, toujours là quoique marginalisés ou persécutés, mais avec les autres. Ce sentiment, qui m’emplit de gratitude, dans notre monde où il est si galvaudé d’affirmer la méchanceté radicale de l’homme et l’incommunicabilité entre les cultures, que dans le dénuement le plus total, le totalitarisme le plus accompli, malgré la présence concomitante de la jalousie, l’incompréhension, l’hostilité, la malveillance, j’en passe… on peut rencontrer la compassion, l’amitié, la complicité, le rire. Une autre langue, d’autres codes, appris, incarnés - qui n’excluent pourtant pas, çà et là, les gaffes irrémédiables.

Passagère du silence, Fabienne Verdier - « mademoiselle Fa », on dirait un nom de conte, et sur une photo son énorme pinceau plus grand qu’elle évoque qui sait quelles sorcelleries ? - à travers l’abandon, le dénuement et les rencontres, apprend progressivement les règles et les gestes d’une ascèse artistique qui va la conduire sur les sentiers de sa propre création, celle de « l’unique trait de pinceau » qui, d’un chaos tournoyant fait naître la juste expression de soi comme l’accord avec l’harmonie du monde, sur fonds d’étoffes somptueusement chatoyantes. Entre calligraphie et abstraction.

Le personnage, dans sa radicalité, est saisissant. À lire son récit, on découvre une Chine familière et infiniment diverse, complexe, insaisissable. Des êtres, des modes de vie et de pensée. Autres, et pourtant accessibles, au moins en partie. Rien de doctoral ni d’exhibitionniste dans ce propos, le simple désir de transmettre une expérience et des rencontres, de jeter des ponts fragiles entre Occident et Orient, entre les arts, entre les gens. C’est un beau livre.