Il y a donc Alexandre Astrid, le flic. Mais avant lui, à l’orée du roman, cette fille troublante, qui dans un intérieur cosy et propret offre à quatre hommes réduits à des prénoms – des voyous ? – une nuit d’érotisme flamboyant. Et puis il y a Mathieu, Florence, leurs deux garçons et le bébé à naître. Et leur nuit de Noël troublée par le resurgissement du mystérieux Ariel, dont on comprend qu’il risque de bousculer l’équilibre d’une vie qui n’a pas été toujours telle.

Et puis le tapuscrit qui vient un jour surprendre Astrid au fond de sa débine, et qui, précisément, porte pour titre l’épigraphe du roman que nous sommes en train de lire. Fiction nourrie du passé, de la sève des « morts les plus chers » d’Alexandre Astrid, de ses remords, et qui le relance sur les traces d’un sulfureux personnage, Édouard Dayms, sa dernière enquête, celle qui, après l’effondrement de sa vie personnelle, a signé l’accomplissement de sa chute. Marie enfin, la belle, sereine, attentive belle-sœur d’Astrid, qui l’accompagne – et nous accompagne – dans le déchiffrement de l’énigme posée par le tapuscrit, le détissage et le retissage des différentes strates narratives qui constituent l’intrigue.

C’est fichtrement bien fichu, construit très cinématographiquement en séquences « cut » et néanmoins nourries d’échos entre elles. Placé de fond en comble sous le signe du double, de l’écho, de la frontière fragile entre raison et folie. Belle écriture aussi, malgré ce penchant contemporain un peu trop systématique à la phrase « cut » aussi, parataxe plutôt que syntaxe.

Un excellent roman donc, très belle histoire, polyphonie subtile orchestrée par un jeune auteur né en 67, et dont Garden of Love est le 10ème titre depuis 96. À suivre, sans faute.