Quatre monologues intérieurs d'enfants de six ans : Kristina, enfant passionnée par la vie et vibrante de chant devient Erra, fantasque cantatrice sans paroles et mère de Sadie, enfant écorchée et maladroite, qui devient à son tour une adulte rationnelle et envahissante, acharnée à la poursuite de son passé. Convertie au judaïsme le plus orthodoxe et mariée avec un juif, Sadie met au monde Randall, déchiré entre les USA et Israël, entre sa mère débordante et directive, et son père attentif, ironique, silencieux, et dramaturge impuissant à créer.

Le roman s'ouvre en Californie sur le monologue de Sol, fils de Randall et de Tessa, mère enrobante, dévorante et dévorée de bons sentiments, tout entière vouée à son fils, et totalement ignorante du voyeurisme cruel dont il est habité. De l'un à l'autre, le grain de beauté rond et duveteux erre sur les corps, talisman ou objet de répulsion, que Tessa veut faire disparaître du visage de Sol. Encore un roman hanté par l'Histoire, un roman pour panser - ou non ? - les plaies qu'elle a ouvertes. En tout cas, c'est très construit, c'est écrit, riche, lisible, c'est "une histoire" et je me dis que si ce livre n'avait pas été retiré de la sélection Goncourt pour les lycéens, il les aurait touchés et intéressés, émus sans doute.