L'emprisonnement de Victurnien pour un faux monté en épingle par la haine du libéral local vaut au lecteur le meilleur moment du roman : les intrigues menées tambour battant sous la houlette de Chesnel par quelques notables locaux au milieu desquels domine la figure pointue et spirituelle de madame Camusot, l’épouse du juge, que l’on retrouvera dans le même genre de situation et d’activité, mais à Paris (signe de son intelligence politique), au moment de l’emprisonnement de Lucien de Rubempré dans Splendeurs et Misères. C’est d’ailleurs pour Diane de Maufrigneuse qu’elle s’emploiera alors, comme elle le fait ici, pour Diane tombée en province en son charmant travestissement de petit page coiffée à la Titus et venue sauver puis abandonner à son médiocre sort son amant. Ange spirituel et garçonnier, elle tourne le drame en comédie légère quoique fort doctement juridique, car ce bref ouvrage ne recule ma foi jamais devant les « tartines ».

La voix d’Émile Blondet, natif de la ville, se tresse à l’occasion, et pour notre plaisir, à celle du narrateur.
Il reste pour moi quelques mystères : pourquoi l’intrigant Du Croisier « n’aura(t-il) jamais d’enfants » ? « Tout le monde sait pourquoi », dit l’un des personnages. Moi pas, ou quelque chose m’a échappé.

Autre mystère : quel calembour, étymologique ou non, la saillie suivante dissimule-t-elle ?

« - D'Esgrignon et Maufrigneuse sont deux noms qui devaient s'accrocher, répondit madame de Sérisy qui avait la prétention de dire des mots. » La consultation de dictionnaires non moins antiques que le cabinet sur le site de l’Université de Chicago m’a laissée bredouille. Ils ont bien en commun la syllabe « rigne » mais qu’en faire ? ce n’est pas la moindre des séductions de la belle Diane que de porter avec tant d’élégance ce nom au préfixe péjoratif et à la finale musicale, qui résiste aux interprétations étymologiques que l’on peut si aisément appliquer à son amie Claire de Bourgogne, madame de Beauséant… Appel aux connaisseurs !