Sachez donc, si vous voulez vous y risquer, que ce pavé de plus de 300 pages vous réservera entre Chambly, Paris et Tours les plus étourdissants rebondissements du mélodrame sans lésiner sur le pathos, versé à torrents, entre langueurs d’amour, noyade, traîtrises, suicides, travestissements, reconnaissances… et bigamie, car telle n’est pas la moindre des audaces – et des faiblesses ? – de l’ouvrage. Heureusement, et le ton en est donné dès les premières pages, l’intrigue offre un contrepoint satirique à ces déferlements de sentiment(alisme) en les personnes de Rosalie et de Nikel, respectivement suivante d’Eugénie et homme de confiance d’Horace. Ces deux personnages bien vivants échangent de savoureux dialogues où se dessine le meilleur Balzac, de même que sont très réussies « les deux mères » (sa mère et sa grand-mère) d’Eugénie, une vieille dame bienveillante mais lâche et une jeune mégère hystérique et arriviste particulièrement bien campée. La lecture de Wann-Chlore (plus tard republié sous le titre de Jane la pâle) est une curiosité : on y trouve des morceaux de bravoure de très bon aloi, mais l’ensemble n’a, malgré tout, rien de nécessaire : c’est intéressant pour l’amateur balzacophile, qui y voit se dessiner des thématiques et des fantasmes balzaciens. Pour le lecteur néophyte, la litanie de mes notes de lectures récentes offre bien des perspectives plus alléchantes. Une fille d’Ève, tiens, ce sera pour demain.