Le roman date de 2003. On l’aura compris, il répond à la vente et à la dispersion de la collection d’art de Breton cette année-là. Hommage documenté aux Hopis et à leur admirateur surréaliste, ce vieux despote capricieux et mystificateur.

Le style, à présent.

« Je buvais mon café. Les coudes sur la table. Contre la porte du frigo, les derniers dessins des filles. Les fleurs de la tapisserie. Des marguerites à pétales blancs. Huit pétales par fleur. Le motif répété. À l’infini.
Anna disait toujours, La répétition des choses, ça rassure.
On partait. Comme tous les étés. Nos deux mois en Normandie. (…)
Qu’est-ce qu’on avait oublié ?
On oublie toujours quelque chose

J’arrête là, parce que tout y est, dès la première page. La marotte des phrases en morceaux, avec des points à la place des virgules, on attraperait une crise d’asthme à les lire à haute voix. Les majuscules en plein milieu de la phrase pour marquer l’entrée dans le style direct, à la place des guillemets, trop ringards ?, le goût de la sentence neuneu, deux en quatre lignes, une pour chacun des conjoints, ça ne s’arrangera pas avec l’arrivée d’Alice, qui en a des réserves inépuisables à notre service. Ah non, il manque quelque chose : la plupart des dialogues sont introduits par « j’ai dit », ou « elle a dit », en incise. Il faut croire que l’inversion du sujet dans l’incise est éminemment répréhensible, dépassée, académique ? même s’il arrive à l’autrice de se laisser aller, par inadvertance, à l’employer quelquefois : – Ça quoi ? a demandé Anna.

– Je vais quitter Anna, j’ai dit.
Cela. Ces mots, exactement dans cet ordre-là.
(– ???? Je Anna quitter vais ? Anna vais je quitter ? Quitter je Anna vais ? Vais Anna quitter je ?)

Ça pue le post-Duras à plein nez. Sauf que Duras a entrepris d’écrire sa langue blanche et brisée il y a plus de cinquante ans, et que faire du Duras aujourd’hui, c’est ça, l’académisme. Sans compter que ce roman relève de ce que j’appelle la « chronique de gestes », tous ces textes qui ont pris au cinéma la manie d’énumérer à perte de vue les gestes les plus insignifiants. On en retirerait bien vingt pages sans rien y changer.

Il y a aussi les fautes d’orthographe ou de langue. Je ne nie pas que madame Gallay n’ait de l’imagination, et le talent louable d’inventer des histoires. Cela ne justifie pas qu’elle confonde une « tache », latin macula, marque salissante, avec une tâche, latin labor, un travail. Au moins trois fois dans le texte. Ni qu’elle confonde la curée, ruée vers un bien convoité que l’on se dispute avidement et la curie, lieu de réunion du Sénat romain (ou institutions ecclésiastiques papales). Surtout quand le mot constitue à lui seul un paragraphe définitif. Moi, j’ai pouffé. En tout cas, si tel est le cas (et tel est le cas), on peut se demander ce que fabrique son éditeur. Ils n’ont pas de relecteurs, chez Actes Sud ? parce que si les illustrations de couverture sont la plupart du temps très belles, et la collection joliment mise en pages, cela justifie-t-il de laisser aller la langue à vau-l’eau ? Il y a déjà eu l’épisode Millénium, la traduction la plus abominablement torchée qu’il m’ait été donné de lire dans une édition de prestige (ce n’est pas Le Masque !), truffée de façon croissante au fil des tomes d’approximations diverses et d’incorrections à la pelle, et pourtant ils s’y sont mis à deux !!! à croire qu’ils ont utilisé un traducteur automatique et à peine relu.

Madame Gallay, elle, écrit directement en français. Je croyais que l’éditeur d’un texte était là aussi pour conseiller l’auteur, lui faire des suggestions pas toujours ineptes. Lui éviter les bourdes du genre de celles citées plus haut. Bref, tout ça pour dire qu'entre les débuts d’Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur, et aujourd'hui, le nom du fondateur a disparu. L’exigence est en route pour, et c’est dommage.