Aujourd’hui, j’ai dû attendre la fin de l’atterrant morceau de pornographie soft et prétendument érudite qui nous a été infligée pour en connaître l’auteur. Ç’aurait pu être Camille Laurens, c’était Florian Zeller.
Il y a un Nicolas, un type tellement distrait qu’il ne s’aperçoit pas qu’il y a une fille de plus que d’habitude sous sa couette, alors qu’elle est déjà fort occupée, semble-t-il, avec son membre viril (à moins que je n’aie pas su goûter une savante ellipse narrative). Pour résister à l’éjaculation précoce qui le menace, il se concentre sur le volume de la correspondance d’Héloïse et Abélard offert par sa régulière et posé sur sa table de nuit. En vain. Le second chapitre juxtapose abruptement au récit de ce fiasco une réflexion érudite de l’auteur, (à moins que ce ne soit du personnage, ce n’est pas très clair) sur l’enquête menée par les Surréalistes en 1928 (elle est publiée dans « La Révolution Surréaliste », mais Zeller a recours à la médiation d’un auteur anglais pour la citer), enquête portant sur la jouissance masculine, et où Breton manifestait avec une arrogance satisfaite le fond de muflerie machiste et de platitude bourgeoise qui semblait être la base de sa sexualité. Loin de s’interroger sur l’imposture possible de L’Amour Fou tel que le chante le pape du Surréalisme, Zeller y voit la justification de ce qu’il appelle « la contre-performance de Nicolas », « les meilleurs » bornant la durée de l’acte en lui-même à 20 secondes (Breton) ou moins d’une minute (Queneau - lequel Queneau fait d’ailleurs preuve dans cette enquête d’une sincérité et d’une ouverture bien supérieures à celles de son beau-frère, mais tel n’est pas le sujet de M. Zeller).
Aux questions de la productrice sur la foule de personnages fictifs ou littéraires cités dès ces quelques premières pages, Zeller les nomme comme sa « famille rêvée », avec laquelle il a désiré « coucher » « dès le départ » de son livre (???). Beethoven est lui aussi convoqué à la rescousse (je refoule avec énergie un mauvais calembour bilingue). On constate avec désolation que la productrice, Sandrine Treiner, ne sait pas prononcer le mot « gageure » [-jure]. On apprend encore que l’incipit entendu subvertit le genre (Ô Diderot !), et que le roman s’intitule La Jouissance, roman européen - apprécier la juxtaposition singulière de l’intime, de l’universel et de l’Histoire. « La seule question qui [l]’animait, confie FZ, c’était à travers [ses] personnages de mettre en lumière ce qui était représentatif de [son] époque ». - Une cuistrerie certaine au service de la banalité la plus plate ? « Génération jouissance », semble-t-il penser de ses personnages comme de lui-même et de ses copains. Pas celle du lecteur, en tout cas.

Quant à moi, je suis désolée de constater que le jeune Augustin Trapenard, qui anime désormais le samedi l’émission littéraire de France C, et qui me semblait à la fois plus compétent et moins mondain que son prédécesseur, se prête à ce genre de triste imposture. Les lettres françaises ne sont-elles QUE ce ramassis de vedettes de l’ego et de la platitude boursouflée, si je peux me permettre cet oxymore ? Et la critique ce bavardage qui met au service de l'insignifiance la plus avérée les références les plus doctes ??? « Bonnes feuilles » ? tu parles ! bien plutôt un paquet complet de torche-culs ! Mais…

Toujours garde aux couillons émorche
Qui son ord cul de papier torche…

Gardons-nous donc de côtoyer ces tristes feuilles. Éloignons-en nos yeux, nos fesses et nos feuilles, et offrons-nous à titre thérapeutique quelques feuilles de Flaubert, de thé, ou de  tabac.