« Le jour de la rentrée, mon prof principal, M. Syren, m’a surnommé ‘‘Pipa’’  en abrégeant mes nm et prénom qu’il avait du mal à prononcer, et j’ai reçu ce baptême comme une offrande. Il m’entourait d’attentions, m’expliquant des mots qui m’étaient inconnus et me parlant comme à un ami après les cours, et moi qui n’en revenais pas, n’étant guère habitué à tant de courtoisie de la part d’un adulte. Le 17 novembre 1977, j’ai cessé d’écouter sa leçon sur les batraciens dès que j’ai aperçu par la fenêtre la neige qui tombait à gros flocons. Il a dû remarquer mon absence, et pour prolonger mon extase, il a demandé aux deux Brigitte, Bindreif et Gourlawenn, de m’accompagner dans la cour de récréation pour m’apprendre à jouer avec la neige. »

Bel exemple d’hospitalité, et de ce que peuvent être, alliées ensemble, l’intelligence et la bonté.

Fragments d’une mère, menue et chaleureuse, toujours prête à offrir son cœur et sa table aux plus démunis, hommes, enfants, animaux errants. Mère aimée, perdue et retrouvée au fil des allers et retours entre l’île Maurice et la France, où une partie de la famille était allée chercher travail et subsides pour continuer à entretenir l’autre, d’un bout du monde à l’autre. Son beau visage souriant et modeste éclaire la couverture du livre, aux éditions de l’Olivier.

Encore une histoire de déracinement, de diaspora, de langues perdues ou adoptées, l’histoire aujourd’hui si commune de tant d’exilés à travers le monde, à la fois singulière et universelle, contée par un écrivain – Barlen Pyamootoo – qui a élu domicile dans l’élégance retenue d’une certaine langue française (celle de Vercors, sans pathos) pour dire les déchirements, la perte, l’instabilité physique et morale des expatriés. Salogi’s. le livre de Salogi, une mère.