Or le jeune héros du roman quitte son île natale (comme il y a de la  lave et quasi pas de végétation, on a tendance à penser que c’est l’Islande parce que l’autrice est islandaise, mais rien ne le dit formellement, tout le roman laisse le lecteur curieusement désorienté) emportant dans son sac à dos trois boutures d’une variété rarissime de rosa candida pourpre à huit pétales, variété léguée par sa mère et qu’il a l’intention d’acclimater dans le jardin médiéval à l’abandon d’un monastère du sud ( ?) de l’Europe où il se rend pour le restaurer. L’accompagnent aussi les photos de sa mère, jardinière de génie, et de sa fille, un bébé de sept mois, fruit d’une seule « demi-nuit » dans la serre maternelle avec une jeune femme de hasard à quoi rien d’autre que cette enfant – mais cette enfant qu’il a vu naître – ne le lie. Flóra Sól (fleur soleil ?) est le nom de l’enfant.

Grand échalas de vingt-deux ans, sorte de Perceval rouquin lui-même parfaitement désorienté par les nombreux et bouleversants rebondissements de sa vie récente, Lobbi (c’est le petit nom que lui donne son vieux père), qui est hanté par la mort et par les corps (le sien, ceux des jeunes femmes rencontrées), accomplit son voyage initiatique ponctué de bonnes fées et d’hôtes bienveillants, de forêts infinies et de repas plus ou moins excentriques, jusqu’au monastère perché (cistercien ? les frocs sont blancs) d’un village aux maisons crépies de couleurs vives (en Espagne ? la voisine lui apporte un plat qui évoque la paëlla) où il est accueilli par un abbé cinéphile et bienveillant, le frère Thomas. Le voilà installé, et occupé à rendre au jardin sa splendeur et son âme, quand les choses se compliquent.

L’illustration de couverture de la version islandaise du roman me fait regretter que Zulma ne l’ait pas transposée dans son motif, mais tant pis. Ce roman faussement naïf a en somme un petit air médiéval. Et s’il flaire bon la mystique avec sa rose représentée sur les vitraux de l’église et le nimbe qui auréole la mère et l’enfant du héros, la simplicité de la langue, du mode narratif, la simplesse apparente des personnages, sont au service d'un humour discret et d’une réflexion moins simplette qu’il n’y paraît sur la mort, l’amour, le désir, la transmission. Éros, en somme.